« Je suis en dépression » : guide pratique au comptoir

Qu’est-ce que la dépression ?

La dépression est un trouble de l’humeur caractérisé par une tristesse profonde et durable, une perte d’intérêt pour les activités quotidiennes, et une altération significative du fonctionnement personnel, social, et professionnel. Elle est bien plus qu’un simple « coup de blues » ou qu’une réaction passagère au stress ou à une situation difficile. Le coup de blues, bien qu’inconfortable, est généralement transitoire et lié à un événement précis (par exemple, la perte d’un emploi, une déception amoureuse). Contrairement à la dépression, il n’entraîne pas une désorganisation majeure du quotidien et se résorbe avec le temps.

La dépression se caractérise par des symptômes qui durent au moins deux semaines consécutives et comprennent, entre autres, une fatigue intense, des troubles du sommeil, une perte ou gain de poids significatif, des pensées suicidaires, et une perte d’estime de soi. La reconnaissance de ces symptômes est essentielle pour orienter le patient vers une prise en charge adaptée.

Outils objectifs et critères pour évaluer la dépression

Il est important pour le pharmacien de connaître les principaux critères diagnostiques de la dépression. Le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) en énonce neuf, dont cinq doivent être présents sur une période de deux semaines pour poser un diagnostic de dépression majeure. Parmi eux, on retrouve :

  • Une humeur dépressive présente presque toute la journée, presque tous les jours.
  • Une diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités.
  • Une perte ou gain de poids significatif sans régime ou une diminution ou augmentation de l’appétit.
  • Une insomnie ou hypersomnie quasi quotidienne.
  • Une fatigue ou perte d’énergie presque tous les jours.

Sans se substituer au médecin, il est possible d’utiliser ces critères pour évaluer la situation et orienter le patient vers une consultation médicale lorsqu’il suspecte une dépression.

Comment en parler ?

Les questions ouvertes laissent au patient la liberté de diriger la conversation vers ce qui lui semble le plus pertinent, comme :

  • « Comment ressentez-vous ces émotions dans votre quotidien ? »
  • « Pouvez-vous me parler de votre expérience et de ce qui vous semble important concernant ce que vous vivez ? »

Éviter les phrases minimisantes

Ne jamais dire « Ça va passer » ou « Il faut vous ressaisir ». Ces phrases peuvent être perçues comme invalidantes et aggraver le sentiment d’isolement.

Créer un climat de confiance

« Parlez-moi de ce que vous ressentez, je peux vous écouter. » Cette phrase encourage le patient à s’exprimer librement, en lui montrant que vous êtes disponible et attentif.

Valider les émotions du patient

« Je peux comprendre que ce que vous vivez est difficile. » Valider les émotions du patient est essentiel pour qu’il se sente compris et soutenu.

Quelles spécialités proposer ?

Phytothérapie

  • Millepertuis (Hypericum perforatum) : le millepertuis est utilisé pour le traitement des dépressions légères à modérées, ses principes actifs, les hyperforines et hypericines, agissant sur l’inhibition de la recapture des neurotransmetteurs tels que la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline. Il est important de rappeler que le millepertuis peut interagir avec le CYP3A4, réduisant ainsi l’efficacité de médicaments comme les contraceptifs oraux, les anticoagulants, et les traitements antirétroviraux. Une évaluation médicale préalable est donc nécessaire avant toute utilisation.
  • Rhodiole (Rhodiola rosea) : la rhodiole, en tant qu’adaptogène, module l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et favorise la résistance de l’organisme face aux stress physiques et émotionnels. Elle améliore également la réponse au stress en augmentant la disponibilité de neurotransmetteurs comme la sérotonine et la dopamine. Rhodiole safran® bio du laboratoire Synergia, combinant rhodiole et safran, est formulé pour soutenir l’équilibre émotionnel et combattre les symptômes de la fatigue passagère. Pour les épisodes de stress aigu, Melioran® Imedia, pris en une dose unique, agit rapidement grâce à une formulation adaptée à des situations stressantes ponctuelles.
  • Safran (Crocus sativus) : le safran a fait l’objet d’études cliniques récentes démontrant son effet sur la modulation des niveaux de sérotonine et d’autres neurotransmetteurs, notamment grâce à ses composants actifs tels que la crocine et le safranal. Safralite® du laboratoire Iprad, contenant du safran, est utilisé pour ses effets sur l’amélioration de l’humeur et la réduction des symptômes de la dépression légère à modérée.

Médicaments et compléments alimentaires

  • Oméga-3 : les acides gras oméga-3, en particulier l’EPA (acide eicosapentaénoïque) et le DHA (acide docosahexaénoïque), ont démontré des effets neuroprotecteurs et anti-inflammatoires qui contribuent à la modulation des neurotransmetteurs, jouant ainsi un rôle dans la réduction des symptômes d’anxiété et de dépression. Omacor® du laboratoire Pierre Fabre, à base d’oméga-3, peut être recommandé par exemple en complément d’une alimentation riche en acides gras polyinsaturés.
  • Magnésium : le magnésium intervient comme cofacteur dans de nombreuses réactions enzymatiques impliquées dans la régulation du système nerveux central. Son effet relaxant s’explique par son rôle dans l’inhibition des récepteurs NMDA, réduisant ainsi l’excitabilité neuronale.
  • L-Tryptophane : le L-tryptophane, acide aminé essentiel et précurseur de la sérotonine, est crucial pour la synthèse de ce neurotransmetteur clé de la régulation de l’humeur. Un apport adéquat de tryptophane favorise une production optimale de sérotonine, améliorant ainsi l’humeur et la qualité du sommeil. Serenase® du laboratoire Solgar, contenant du L-tryptophane, peut être proposé pour soutenir l’équilibre émotionnel des patients.

L’importance du microbiote intestinal dans la dépression

Le microbiote intestinal joue un rôle important dans la régulation de l’humeur. Des études, notamment celle publiée dans Nature Microbiology en 2019, montrent que les personnes dépressives présentent souvent un déséquilibre de leur microbiote, avec une diminution des souches comme Bifidobacterium et Lactobacillus, impliquées dans la production de neurotransmetteurs, notamment la sérotonine. Il est possible de recommander des probiotiques spécifiques pour aider à rétablir cet équilibre. Par exemple, L. rhamnosus GG (présent dans ProbioLog® du laboratoire Pilèje) et B. longum (présent dans Symbioflor® du laboratoire Symbiopharm) sont des souches ayant montré des effets bénéfiques sur l’humeur. Ces probiotiques peuvent être intégrés à la prise en charge globale de la dépression, en soutien des traitements conventionnels.