Les biosimilaires : une révolution en marche pour l’officine en 2025
L’extension de la substitution des biosimilaires en officine, attendue pour 2025, représente un tournant majeur pour la profession pharmaceutique. Quels sont les enjeux économiques et médicaux de cette évolution ? Comment accompagner les patients et les professionnels de santé dans cette transition ? Autant de questions abordées lors d’une conférence organisée par Totum Pharmaciens, réunissant des experts du secteur pour analyser les défis et perspectives de cette avancée. Formation des pharmaciens, adhésion des patients, impact sur le système de santé : retour sur les échanges clés de cette table ronde qui redessine l’avenir des traitements biologiques en ville.
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Vers une généralisation de la substitution officinale
Depuis 2022, la substitution de certains biosimilaires est autorisée en pharmacie d’officine. Une avancée significative qui va connaître une accélération en 2025 avec l’extension du dispositif à huit nouveaux groupes biologiques, validée par l’ANSM en décembre 2024.
Si les biosimilaires ont prouvé leur efficacité et leur fiabilité à l’hôpital, où leur taux de pénétration atteint 94 %, leur intégration dans l’arsenal thérapeutique des pharmaciens d’officine est encore en phase de déploiement. Pourtant, les enjeux sont majeurs, tant sur le plan médical qu’économique, avec une économie estimée à 90 millions d’euros en 2025 pour l’Assurance Maladie.
Un cadre réglementaire en pleine évolution
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 a permis d’inscrire de nouveaux biosimilaires à la liste des groupes substituables en officine après deux ans de commercialisation. Selon le Dr Mehdi Djilani, pharmacien d’officine et président de TotumLab, « cette évolution marque une véritable avancée pour la pharmacie d’officine, qui va pouvoir jouer un rôle actif dans la diffusion des biosimilaires, à condition que la formation et l’accompagnement des équipes suivent ».
Le Comité Scientifique Temporaire (CST) de l’ANSM a ainsi validé la substitution pour huit nouveaux groupes biologiques :
- Hormones sexuelles : follitropine alfa (Gonal-F)
- EPO : époétine (Eprex)
- Héparines : énoxaparine (Lovenox)
- Analogue de la parathormone : tériparatide (Forsteo)
- Anticorps monoclonaux Anti-TNF-α : étanercept (Enbrel), adalimumab (Humira)
- Médicaments ophtalmologiques : ranibizumab (Lucentis), aflibercept (Eylea)
Toutefois, certaines molécules restent exclues, notamment l’insuline, qui ne pourra pas être substituée en pharmacie.
Le Pr Stéphane Mouly, spécialiste en médecine interne et pharmacologue à l’hôpital Lariboisière, explique : « La politique de substitution des biosimilaires a été un succès à l’hôpital, mais elle a mis du temps à s’imposer. Nous devons éviter les erreurs du passé et accompagner ce virage en ville pour garantir la confiance des patients et des prescripteurs. »
La substitution en officine : une opportunité économique et thérapeutique
L’enjeu économique de la substitution des biosimilaires est colossal. David Syr, Directeur Exécutif de Cegedim Pharma et DGA de Gers Data, insiste sur cet aspect : « On oppose souvent qualité et prix, mais c’est une vision dépassée. Nous sommes aujourd’hui dans une logique où il faut maximiser la qualité de vie des patients sous contrainte économique. »
Avec l’arrivée des biosimilaires dans des pathologies comme le diabète ou l’ostéoporose, les économies pourraient atteindre 600 millions à 1 milliard d’euros à horizon 2026.
Le Pr Stéphane Mouly rappelle également l’impact positif sur l’accessibilité aux traitements : « En période de pénuries de médicaments, l’élargissement du recours aux biosimilaires est une solution pour diversifier le pipeline thérapeutique et limiter les ruptures. »
Un enjeu majeur d’information et d’adhésion des patients
L’adhésion des patients aux biosimilaires est un facteur clé pour le succès de la substitution. Selon une étude de l’IFOP en 2024 :
- 55 % des Français sont favorables au développement des biosimilaires
- 80 % des patients sous biothérapie accepteraient de passer sous biosimilaire si leur professionnel de santé le leur proposait (ONB 2024)
- 1 patient sur 2 sous biothérapie estime ne pas avoir reçu d’information suffisante sur les biosimilaires
Le Pr Antoine Dupuis, pharmacien clinicien au CHU de Poitiers et président de la SFPC, souligne : « L’accompagnement du patient dans son traitement est essentiel pour optimiser son parcours de soins. Un patient informé est un patient rassuré et adhérent à son traitement. »
Le Dr Mélanie Sarot, pharmacienne d’officine et présidente de Totum Pharmaciens, ajoute : « Nos retours d’expérience montrent que l’information des patients en officine est encore insuffisante. Nous devons mieux former les équipes officinales pour répondre aux inquiétudes et garantir un suivi optimal. »
Le rôle clé des pharmaciens : information et pédagogie
Les pharmaciens doivent être les ambassadeurs de la substitution des biosimilaires en officine. Pour cela, des outils comme Biomedinfo sont essentiels.
Développée par le fonds de dotation TotumLab, la plateforme Biomedinfo se veut un guichet unique pour accompagner la dispensation des biomédicaments. Elle référence actuellement 140 biomédicaments, dont 50 biosimilaires répartis en 9 classes thérapeutiques.
Selon le Dr Mehdi Djilani : « Biomedinfo est conçu comme un outil pédagogique pour aider les professionnels de santé à mieux accompagner leurs patients. Il regroupe des fiches explicatives, des vidéos de formation et des recommandations pratiques. »
L’objectif est d’améliorer l’acceptabilité des biosimilaires en renforçant la transparence et la communication.
Une communication nationale nécessaire
L’une des grandes barrières à la substitution des biosimilaires en ville reste la perception du grand public et des prescripteurs.
Le Pr Stéphane Mouly insiste : « Nous devons tirer les leçons de la crise du Levothyrox en 2017. Une garantie scientifique ne suffit pas, il faut une communication claire et accessible. »
Il plaide pour une campagne nationale d’information, à l’image du célèbre slogan « Les antibiotiques, c’est pas automatique », afin de dissiper les craintes et éviter les polémiques inutiles.
Conclusion : 2025, une année charnière pour l’officine
L’extension de la substitution des biosimilaires en officine constitue une avancée majeure pour l’accès aux soins et la maîtrise des dépenses de santé. Toutefois, la réussite de cette transition repose sur quatre piliers essentiels :
- Une formation approfondie des pharmaciens pour assurer une dispensation sécurisée et pédagogique.
- Une information renforcée des patients, en répondant à leurs interrogations.
- Un cadre réglementaire stable et progressif, garantissant la continuité des traitements.
- Une communication nationale ambitieuse pour asseoir la légitimité des biosimilaires en ville.
Le Dr Mélanie Sarot résume parfaitement l’enjeu : « Nous avons une occasion unique de structurer la substitution des biosimilaires en officine. Si nous accompagnons bien ce changement, ce sera une réussite pour toute la profession et pour les patients. »