Tension sur la sertraline : l’ANSM restreint les initiations, guide pratique au comptoir
En raison d’un approvisionnement tendu, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) restreint temporairement les nouvelles prescriptions de sertraline (Zoloft et génériques). Objectif : garantir la disponibilité du traitement pour les patients déjà sous cette molécule. Les pharmaciens d’officine sont directement concernés par ces mesures de gestion et jouent un rôle clé dans leur mise en œuvre au comptoir.

Un cadre clair : prescriptions initiales limitées
Depuis le 1er avril, les initiations de traitement par sertraline doivent être suspendues, sauf dans deux indications spécifiques :
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Femmes en période périnatale ;
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Enfants et adolescents à partir de 6 ans pour le traitement des TOC.
Pour toutes les autres indications (dépression, troubles anxieux, PTSD, TOC adulte…), l’ANSM recommande l’utilisation d’autres ISRS (fluoxétine, fluvoxamine, paroxétine, citalopram, escitalopram). Les pharmaciens devront donc être particulièrement vigilants à l’indication lors de la dispensation, notamment en cas de prescription initiale inhabituelle.
Préserver les stocks : rôle essentiel du pharmacien
Les tensions en sertraline sont liées à des retards de production dans un contexte de consommation croissante, sans lien avec les pénuries de quétiapine récemment évoquées. Le retour à la normale est espéré d’ici fin mai 2025.
En attendant, les pharmaciens doivent sécuriser les renouvellements, notamment pour les patients en traitement chronique. Quelques réflexes à adopter :
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Contacter le prescripteur en cas de suspicion de prescription d’initiation hors cadre ;
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Informer les patients sur la situation et proposer des solutions transitoires si besoin ;
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Anticiper les ruptures en travaillant en lien avec les grossistes répartiteurs ;
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Éviter les substitutions automatiques non justifiées, et se référer aux alternatives suggérées par l’ANSM.
Alternatives recommandées : ISRS disponibles en officine
Pour les initiations hors cas autorisés, les prescripteurs doivent se tourner vers d’autres ISRS :
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Fluoxétine (notamment chez l’enfant à partir de 8 ans) ;
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Fluvoxamine ;
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Paroxétine ;
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Citalopram ;
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Escitalopram.
Le pharmacien peut ici jouer un rôle actif de conseiller thérapeutique auprès du prescripteur, en l’aidant à identifier la molécule la plus adaptée et disponible selon les stocks locaux.
Ce qu’il faut retenir
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Pas de nouvelles initiations de sertraline, sauf périnatalité et TOC de l’enfant/adolescent.
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ISRS à privilégier : fluoxétine, escitalopram, etc.
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Dispensations sécurisées pour les patients déjà traités : priorité au renouvellement.
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Suivi et communication patients essentiels pour éviter l’anxiété ou l’arrêt brutal.
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Vigilance accrue au comptoir : identifier les prescriptions initiales, proposer des solutions concertées.
Cette situation rappelle une fois de plus le rôle central du pharmacien d’officine dans la continuité thérapeutique, la relation avec le médecin prescripteur, et la communication claire avec les patients. Grâce à une coordination efficace entre les différents acteurs, et avec le soutien d’une information professionnelle de qualité, la gestion de cette tension temporaire peut se faire en toute sécurité.